Journée-laboratoire

2e édition

« Du document à la scène et retours :

usages, processus de recherche et de création »

Jeudi 28 mars 2019 à la Maison de la Culture d’Amiens

Avec : Camille Louis (Nanterre-Amandiers, La Bellone), Romain David (Raoul Collectif, Nimis groupe), Charlotte Bouteille-Meister (MCF Paris 10), Magali Quillico (MIAM), Adeline Rosenstein (Cie Little Big Horn), Guillaume Pinçon (MCF UPJV), Louise Hémon, Emilie Rousset (Cie John Corporation), Aurore Després (MCF Bourgogne Franche-Comté), Julie Salgues, Guillaume Mazeau (MCF Paris 1), Anyssa Kapelusz (MCF Aix-Marseille), des étudiants en arts de l’UPJV et Antoine Defoort (L’Amicale de Production).

Après une première édition consacrée aux « artistes-chercheurs et chercheurs-artistes : étude d’un geste critique », cette journée-laboratoire organisée à Amiens le 28 mars 2019 autour des croisements et de l’hybridation entre protocoles de recherche et processus de création interrogera plus particulièrement le travail avec des documents. Par document (du latin documentum, docere : enseigner, informer), nous entendons, au sens large, tout matériau référentiel et/ou théorique à partir duquel se développent l’écriture : archives historiques, traces matérielles, documents textuels, visuels ou sonores, analyses spécialisées, essais théoriques, critiques, journaux, témoignages ou témoins en scène porteurs de leurs propre histoires.

Présentes ou non dans le spectacle achevé, ces sources informent (aux deux sens du terme) les différentes étapes de la création. Matière première à la création, corpus thématique et critique, elles supposent le plus souvent un travail préparatoire de collecte et de sélection, parfois lié à la mise en place de collaborations entre artistes, experts, témoins ou chercheurs pour constituer des corpus, réfléchir à de nouvelles modalités d’interprétation et de transmission. Elles stimulent diverses opérations d’appropriation, de transformation et de restitution ainsi que l’invention de formes ou dispositifs artistiques qui, aussi documentés soient-ils, n’appartiennent pas pour autant nécessairement au « théâtre documentaire ».  Plus que le document en lui-même, ce sont donc les usages qui en sont fait que nous interrogerons, en nous intéressant plus particulièrement aux (r)apports sensibles des interprètes à cette documentation et aux moyens propres à la scène avec lesquels s’en emparer.

Dans le contexte d’un triple tournant ethnographique (Foster), archivistique et éducatif de l’art (Rogoff), le théâtre documentaire et ses réinventions ayant déjà bien été identifiés et largement étudiés, depuis les pionniers Piscator et Weiss jusqu’à Milo Rau ou Jacques Delcuvellerie aujourd’hui, il s’agira plutôt de questionner d’autres manières de performer des savoirs historiques, philosophiques, sociologiques, intra ou extra-artistiques, en nous concentrant notamment sur les processus de création et de réception et en postulant une puissance épistémique et heuristique propre à la scène et aux interprètes. Au-delà des visions utilitaristes et didactiques de la scène comme lieu de vulgarisation ou d’illustration, quels types de recherche et de savoir mobilise-t-elle, court-circuitant la bipartition entre scientificité académique et fiction artistique pour proposer des alternatives aux écritures savantes, créer des expériences de pensées inédites qui renouvellent ou échappent aux lectures instituées ?

S’il renseigne, le document n’apporte pas nécessairement une preuve, et déployer théâtralement une pensée philosophique, s’inspirer de documents humains pour mettre en marche une « poétique insciente » ou re-jouer des archives pour une mise en scène de style baroque diffèrent absolument des documents-preuves au sein du théâtre procès de Piscator et Weiss. L’auteur David Lescot postule en ce sens l’existence d’« un documentaire “impur” », un « théâtre presque documentaire » dans lequel la documentation serait un préalable à l’écriture qui vient étancher une « soif du réel » et activer « un moteur poétique ». Préalable ou matériau, exposé ou consumé par le spectacle, l’usage de document brouille les frontières génériques établies : l’utilisation de l’abécédaire de Deleuze par Cédric Orain ne fait pas de sa conférence-spectacle D comme Deleuze un cours de philosophie, pas plus que la consultation des Archives parlementaires pour l’écriture de Ça ira (1) Fin de Louis n’en font une reconstitution historique par exemple. De la même façon, le projet multidimensionnel de Joris Lacoste, L’Encyclopédie de la parole, ne s’envisage pas comme une tentative de production d’un savoir totalisant, classé et ordonné, mais comme une exploration, par les outils de la scène, de la richesse et de la diversité des formes orales. Dans la danse contemporaine, la pratique du re-enactment qui essaime déjà depuis les années 1990 (avec les activités du Quator Albert Knust en France, par exemple), invite les auteurs-chorégraphes à revisiter leurs propres archives afin de ré-activer des pièces de leur répertoire, comme c’est le cas actuellement au MOMA avec The Construction Pieces, les pièces de la chorégraphe américaine, Simone Forti. Selon les projets, l’auto-archive chorégraphique va se dépliant, allant de la muséification de l’œuvre à la ré-invention du document dans le geste créateur.

Prolongeant cette pensée, on pourra aussi se demander, à l’ère du “Big Data” et d’une “culture de l’archive” prévalente aujourd’hui, comment la scène peut précisément devenir le lieu d’une mise en question du document, de sa nécessité, de sa plasticité, de sa communicabilité, quitte à inventer et à produire de fausses archives, des contre-documents et des récits contre-factuels. En prenant en compte la spécificité des contextes de recherche et de création considérés, dans quelle mesure l’historicité des gestes et des émotions, le travail du dehors, du temps et des corps sont-ils susceptibles de nourrir et d’influencer le travail du document ? Comment, à l’inverse, le document vient-il défaire ou densifier les habitudes des interprètes et les conventions du langage scénique? Comment se joue, sur scène, la tension entre vivant et réification (et sa possible conséquence : la patrimonialisation (ou matrimonialisation) ?

L’objectif sera de contribuer au recensement et à la théorisation des pratiques scéniques actuelles qui d’une manière ou d’une autre performent avec ou à partir de documentation, soit en actualisant des savoirs anciens soit en puisant dans l’actualité. Cette journée-laboratoire proposera plusieurs temps d’échange et d’expérimentation afin d’appréhender diverses manières de transformer les documents en outils pour la scène (incarnation, réécriture, improvisation), les différentes méthodologies et collaborations que cela suppose entre praticiens (acteur, interprète, metteur en scène, chorégraphe, dramaturge notamment) et chercheurs ou documentalistes. A ce jour, peu d’études ont été consacrées au travail spécifique des interprètes à partir de documents alors que, à rebours de l’idée d’un acteur exécutant, les performers d’aujourd’hui sont de plus en plus souvent associés comme co-auteur de ces formes documentées « impures », qu’ils participent au travail documentaire initial (enquêtes de terrain, retranscriptions d’entretien) et ou à leurs mises en forme scénique. Que fait le document à la scène et vis-versa ? Comment écrire avec ? Est-il une « simple » source d’inspiration, le support d’un palimpseste ou un objet à constituer ? Comment l’interprète peut-il l’incorporer ?

Nous nous intéresserons également à l’impact sur les publics de ces formes de savoirs documentés incarnés et réactualisés. Comment ce qui est prouvé dans la recherche peut être éprouvé par un interprète et un public ? A l’inverse, selon quelle(s) méthodologie(s) ce qui est éprouvé par les comédiens peut-il constituer une avancée pour la recherche ? Entre fiction et reconstitution, en quoi ce travail du document esquisse-t-il les contours d’une nouvelle épistémè et d’une agentivité spécifiques à la scène ?

 

Les principales hypothèses de recherche et d’expérimentation convoquées lors de cette journée-laboratoire seront notamment :

- Un changement de paradigme par rapport au théâtre documentaire « pur » (Piscator, Weiss) et aux usages scientifiques de l’archive.

  • Les écritures et formats artistiques inventés pour ces démarches documentées non documentaires (spectacle, conférence-performance, workshop de recherche, re-enactment, etc).

  • le statut du document au sein de ces processus de création (mise en visibilité du réel, stratégies d’authentification ou de fictionnalisation, etc).

  • Les apports des interprètes, leurs engagements tant physiques qu’idéologiques, lorsqu’il s’agit de performer avec/à partir du document ; leurs méthodologies (réécriture, improvisation, reenactement, etc).

  • Les types de collaborations intra-artistiques et entre le monde de l’art et le milieu académique que suscite cette mise en scène et en acte de documents (collaboration, expertise, hybridation, ponts méthodologiques, etc).

  • Les modes de transmission et de connaissance incarnés et expérientiels à partir desquels pourrait se dessiner une nouvelle « démocratie de l’attention » (Tim Etchells).

Entrée libre et gratuite. Participation aux ateliers sur inscription le jour-même.

10h -20h : Maison de la Culture d’Amiens / Pôle européen de création et de production

2 place Léon Gontier 80006 Amiens

A 1h15 de Paris Gare du Nord en TER (Départ 8h04 arrivée 9h20 à Amiens / Retour 20h38 arrivée 21h56).

Programme

9h30 café d’accueil

9h45: Introduction de la journée, Marion Boudier, Chloé Déchery/ Performance (1) par les étudiants en Arts plastiques de l'UFR des Arts

10h15 : Keynote de Camille Louis

10h45- 12h15: Peachy Coochy « Acteur, metteur en scène et chercheur face aux documents : quels usages et processus de création pour/avec la scène ? »
- Romain David (Raoul Collectif, NIMIS groupe, Liège)
- Adeline Rosenstein (Little Big Horn, Bruxelles)
- Emilie Rousset (John Corporation, Paris)
- Magali Quillico (MIAM)
- Charlotte Bouteille-Meister (MCF, Paris 10)
Modération : Guillaume Pinçon (MCF, UPJV)

12h15: Emilie Rousset et Louise Hémon : Les Rituels, présentation du court-métrage Le Vote / Performance (2) suivie par une contextualisation par Daniel Lê (UPJV)

13h: Déjeuner 

14h-15h30 : 2 workshops (programmation concomitante)
- Romain David : Théâtraliser l'enquête et la documentation
- Julie Salgues : Danser l’archive Sacre du Printemps)

15h30: Pause café

15h50-17h30 : Interventions critiques : « Histoires sensibles », avec Guillaume Mazeau (MCF, Paris 1) et Aurore Després (MCF, Univ Bourgogne Franche-Comté), répondante Anyssa Kapelusz (MCF, Aix-Marseille). / Performance (3)

17h30-18h15: Apéro-goûter

18h15 : Un Faible degré d’originalité, conférence-performance d’Antoine Defoort (Amicale de Production)

Téléchargez le programme

"Un Faible degré d'originalité", d'Antoine Defoort/ Photo: Martin Argyroglo

Interventions

KEYNOTE - Camille Louis

THERE ARE ALTERNA(RRA)TIVES!

Faire document en commun pour dé-faire l'Histoire comme Une

 

Avant d'interroger la manière dont la scène s'empare du document à partir des différents exemples apportés tout au long de cette journée de réflexion, il peut-être intéressant de revenir sur la constitution même de ces scènes : à quelle parole donnent-elle accès ? À quel partage du visible et de l'audible contribue-t-elles et comment peuvent-elle en favoriser la redistribution en accueillant non seulement de nouveaux documents mais, par eux, de nouveaux sujets de savoirs et d'actions. Car, s'il peut être vecteur d'une nouvelle attention, le document peut aussi signer son arrêt. En voulant « donner à voir la réalité », il peut parfois « perdre de vue » ce qu'il y a de fiction dans « La réalité », au sens d'une certaine manière d'inscrire des places et d'attribuer des fonctions à des identités établies. Le réalisme, comme l'impressionisme ou l'expressionisme, est un genre littéraire, une modalité de composition...

Pour entendre ce qu'il y a de sujet derrière des identités, ce qu'il y a d'actrice derrière la reconnue victime, il est souvent nécessaire d'altérer le document en y insérant d'autres fictions ou de faire du document l'espace d'une « alter-narration » telle qu'elle existe dans les récits de celles et ceux que l'Histoire prend comme « objet de savoir » alors qu'ils sont surtout les créateurs d'un savoir inédit.

C'est à la confection de tels documents que j'oeuvre depuis des années, tout autant au sein du collectif kom.post et du dispositif de « fabrique du commun » que j'exposerai ici, que dans mon accompagnement dramaturgique d'artistes travaillant à cette reprise, pluralisation, recréation du document (Sanja Mitrovitch, Léa Drouet ou Milo Rau de manière plus distante mais du fait de son accueil au théâtre des Amandiers) et que, enfin, dans la tentative de créer un « document dramaturgique » non pas une documentation théorique de « La dramaturgie » mais un document capable d'agir et prolonger, au croisement du sensible et du pensable, la dynamique esthétique et politique de la pratique dramaturgique : le mouvement-création (ergon) qui, toujours, tord ou complexifie les dramatiques établies.

PEACHY COOCHY - « Acteur, metteur en scène et chercheur face aux documents : quels usages et processus de création pour/avec la scène ? » Peachy Coochy table-ronde (Peachy Coochy = 20 images, 20 secondes par image).

Performer le document pour enseigner le théâtre ancien : fécondité et risques d'une séduction de l'archive 

(Charlotte Bouteille-Meister)

Cette intervention proposera de réfléchir aux modalités de la mise en jeu du document dans l'enseignement du théâtre ancien. Elle se fondera sur une expérience menée avec des étudiants et étudiantes de master en études théâtrales lors d'un séminaire-atelier autour de la représentation scénique du massacre de la Saint-Barthélemy.

Chronique d'un échec (Romain David)

Retour sur diverses tentatives scéniques dans le traitement théâtral de la Société du Mont-Pèlerin lors de la création de Rumeur & petits jours, Raoul collectif. 

L’improvisteur.rice et la documentation (Magali Quilico)  

La pratique de l'improvisation permet au comédien de s'adapter instantanément et de réagir en cohérence avec un personnage. Aussi, appliquée à la préparation de situations spécifiques, offre-t-elle la possibilité d'utiliser des éléments de contexte pour préparer les individus à les vivre réellement. L'improvisateur peut ainsi s'inspirer de situations précises grâce à des supports (articles de presse, scénarios de situations d'urgence, documents de formation, témoignages...) pour imaginer l'histoire des personnages qui vont se trouver dans ces situations, inventer leur passé et jouer leur présent en s'appuyant sur des éléments factuels, qui serviront de repères aux comédiens.

Notes de travail fafa si lala (Adeline Rosenstein)

Oreillette et re-enactment (Émilie Rousset)

Modération: Guillaume Pinçon

INTERVENTION CRITIQUE


“Des archives à la portée d’un geste. Archéologie sensible du solo de l’Élue dans le Sacre du Printemps dansé par Julie Salgues”

(Aurore Després)
Autrement que dans Sacre #197(2012) qui interprète « librement » les dessins que Valentine Hugo a réalisés pendant les représentations du Sacre du Printemps en 1913, la chorégraphe Dominique Brun envisage Sacre #2 comme une « reconstitution historique » de la pièce de Nijinski où un faisceau de traces, d’archives et de documents se croisent pour constituer des véritables contraintes à l’écriture chorégraphique comme à l’interprétation.  
Dans le champ d’une « archéologie des gestes » qui prendrait « le point de départ de la sensation » (Warburg) et en lien avec l’atelier mené sur le même sujet, nous verrons comment Julie Salgues, interprète du solo de l’Élue dans cette reconstitution, constitue son propre palimpseste gestuel, combien mille gestes, images, textes font supports à sa danse, combien les archives sont à la portée d’un seul geste.

"Histoires sensibles" (Guillaume Mazeau)

Que fait le théâtre à l'histoire? Dans la recherche, mais aussi dans l'enseignement et sa transmission, l'histoire gagne à s'inspirer de la création artistique, en particulier du théâtre. Elle peut y puiser la matière sensible qui, normalement, constitue sa matière première. En rendant les archives plus sensibles, elle peut aussi mieux comprendre le poids des situations, qui nourrit la démarche historienne autant que celle de la scène. Par le détour présent de la performance, elle parvient aussi à recharger le passé de ses enjeux politiques oubliés et ainsi, en retour, réarmer le présent de sa capacité critique. A travers des expériences de recherche et d'enseignement tirés de l'histoire de la Révolution française, nous proposons ici un plaidoyer pour une histoire sensible.

Modération: Anyssa Kapelusz

 

RITUELS

Une série de Louise Hémon et Émilie Rousset

RITUEL 2 : LE VOTE, 2016, 15 min

Cet épisode  plonge dans les règlementations qui régissent les gestes du dimanche électoral.

Avec Manuel Vallade

 

Emilie Rousset, metteure en scène et Louise Hémon, réalisatrice, se sont associées pour créer une collection de films courts et de performances qui explorent les règles et usages d’événements symboliques de notre société.

Elles prélèvent des discours dans le réel, en tant que matière documentaire, pour ensuite les remettre en scène par couches successives et faire interférer présence scénique et présence numérique, imaginaire et document.

L’écriture s’appuie sur le postulat que le naturel du langage est une construction, que le vrai et le faux s’imbriquent en flux continu de la réalité à la fiction. Un déplacement qui comporte sa part incessible d’humour, un glissement tous azimuts vers une forme de comédie documentaire.

La série des « Rituels » est une œuvre à plusieurs entrées. C’est une œuvre filmique dont chaque épisode peut être diffusé indépendamment. C’est aussi une série évolutive qui peut être présentée sous forme d’installation, et ce sont des performances Live. Ce projet, autant dans son écriture que dans sa représentation, se positionne délibérément entre les arts vivants et visuels. À chaque épisode se déploie de nouveaux enjeux de mise en scène, et un nouvel interprète apparait et prend en charge la continuité. La série convoque à la fois l’idée du feuilleton et du catalogue, à l’instar du projet facétieux d’encyclopédie filmée de Raymond Queneau et Pierre Kast pour l’ORTF (1952).

 

Ateliers

DANSER L’ARCHIVE

Atelier mené par Julie Salgues, interprète du solo de l’Élue dans Sacre #2 (2014) de Dominique Brun

 

Pour cet atelier, il s’agira de partager avec les participants quelques dessins de Valentine Hugo sur lesquels s’est appuyée la création du solo de l’Élue de Dominique Brun d’après l’œuvre de Vaslav Nijinski, Le Sacre du Printemps, 1913. Nous croiserons aussi dans l’atelier des citations déterminantes dans le processus de travail de cette recréation. Nous chercherons comment produire du mouvement à partir de ce tissage entre citations et dessins.

THÉÂTRALISER L'ENQUÊTE ET LA DOCUMENTATION 

Atelier mené par Romain David

Comment en tant qu’artiste de théâtre travailler à partir d’enquête et de documentation, à partir du réel ? Comment accorder ces recherches avec le plateau et le plaisir du jeu? Comment faire résonner en soi des matières en apparence rudes et âpres ? En faire apparaître le sens? L’humour ? La théâtralité ? C’est ce que nous tenterons d’explorer ensemble sur base de lectures, de mise en voix, et de vos contributions personnelles.

Performances

Un écran / un micro / un corps

Propositions  de conférences-performances

Avec les étudiants de la Licence 3 Arts plastiques de l’UFR des Arts d’Amiens.

Une proposition de Daniel Lê, Lise Lerichomme et Eric Valette

 

Lorsqu’une personne prend place devant un micro, sur une estrade, en montrant des images qui illustrent son propos, c’est qu’elle a quelque chose à nous dire.

 

Les interventions se positionneront par rapport à ce dispositif habituel de communication scientifique (conférence), politique (discours), ou pédagogique (cours). Faire naître une forme artistique avec un dispositif qui ne l’est pas.


UN FAIBLE DEGRÉ D'ORIGINALITÉ, c’est une conférence, c’est également un spectacle.

C’est une conférence : une heure quinze pour retracer la rocambolesque histoire des droits d’auteurs du XVème siècle à nos jours. Denis Diderot viendra en personne nous expliquer le contexte du siècle des lumières, on ouïra l’incroyable saga de la succession de Maurice Ravel et on évoquera le concept de “rivalité des ressources” en distribuant des Pépito®.

C’est un spectacle : il y aura des blagues et des effets de manche pour rendre le sujet digeste, des stratagèmes scéniques dont le ratio simplicité / efficacité a été soigneusement éprouvé. On fera une maquette des droits d’auteur avec des boîtes en carton, il y aura un petit dessin animé adapté pour feuilles A3 et on poussera la chansonnette pour mettre en lumière ce qui est vraiment terrible dans l’histoire des Parapluies de Cherbourg.

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Intervenant.e.s

Charlotte Bouteille-Meister est maîtresse de conférences en études théâtrales à l'Université Paris Nanterre. Ses travaux portent sur la représentation de l'actualité au théâtre à l'époque des guerres de religion (XVIe-XVIIe siècles), sur la mémoire des traumatismes collectifs sur la scène, ainsi que sur les liens entre iconographie et théâtre dans la représentation des événements historiques.

 

Romain David est artiste de musique de théâtre et de cinéma diplômé du Conservatoire Royal de Liège (ESACT) en 2009. Il est cofondateur du Raoul Collectif (le Signal du Promeneur, Rumeur et petits jours), et du Nimis Groupe (Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu). Au cinéma, on le voit notamment dans les films de Marion Hänsel (Noir Océan, La tendresse) et Emmanuelle Mougne (La vie naturelle du pou). Au théâtre, outre son travail en collectifs, il exerce comme acteur, auteur ou collaborateur à la mise en scène aux côtés d’artistes tel•le•s que Françoise Bloch, Willy Thomas et Guy Dermul, Judith Vindevogel, Christophe Sermet, Myriam Saduis et Valérie Bataglia, Hervé Guérisi et Gregory Carnoli, Sébastien Foucault ou encore Yael Steïnmann avec qui il crée Ten Hood, mon royaume au KVS (Théâtre Royal Flamand). Par ailleurs intervenant pédagogue à l’École Supérieure d’Acteurs de Liège, il pratique le théâtre toujours au cœur des récits qui unissent l’individu à la communauté.

                               

Antoine Defoort, c’est quelqu’un, pas plus artiste que vous et moi, qui essaye de maintenir une bonne ambiance et un taux de porosité élevé entre ses lubies de saison, la vie, la vraie, et l’art contemporain. Il se retrouve donc souvent aux prises avec des contradictions flagrantes qui sont soit fièrement assumées, soit honteusement dissimulées au moyen de sauts du coq à l’âne et de digressions sauvages. C’est un travail qui vise à établir des connexions. Des connexions de formes, de sens, de médiums, de matériaux. On pourrait dire que ce sont des collections de connexions. C’est-à- dire, si vous voulez, des collexions. Il conçoit en général des pièces de manière autonome (vidéos, films, son, installations, textes...), pour les agencer ensuite lors de performances transdisciplinaires hétéroclites et anti-thématiques, dans lesquelles le jeanfoutre cohabite avec le bien foutu l’incongru le dispute au terre-à-terre. Les ratés et les accidents sont accueillis à bras ouverts et forment une granularité croustillante particulièrement appréciée des connaisseurs.    

Et puis comme disent si bien les néérlandais, « Antoine Defoort springt van de hak op de tak en maakt als humoristiche beeldenstormer de gekste zijsprongen »


 

Aurore Després est maître de conférences en arts du spectacle à l'Université de Bourgogne-Franche-Comté, membre d’ELLIAD (EA 4661) et chercheur associée d’EsPAS de l’Institut ACTE de Paris1-Panthéon-Sorbonne. En lien avec sa pratique de danseuse et de chorégraphe, ses recherches portent sur le geste et sa perception, le temps et l’archive dans le champ de l'art chorégraphique contemporain, qu’elle développe au sein d’une « archéologie des gestes ». Conceptrice du fonds d'archives audiovisuelles en ligne FANA Danse & Arts vivants, responsable du Diplôme Universitaire Art, danse et performance (2011-2014), elle a dirigé l’ouvrage collectif Gestes en éclats, Art, danse et performance, Presses du réel, 2016.

                        

Louise Hémon est réalisatrice, issue de l'Atelier documentaire de La Fémis et de l’Université des Arts de Bologne (Italie). Conjuguant cinéma, vidéo et installation, elle développe une pratique à la croisée du documentaire et des arts visuels. Le « réel » constitue une matière vive qu’elle observe et sonde pour en faire émerger les symboles et les mythes qui fabriquent notre imaginaire. Le surhomme, le héros, le monarque, les statues, le château, la montagne sont les figures de puissance qui traversent ses oeuvres, avec une attache particulière au corps et au décor. En 2014, elle réalise un péplum documentaire « L’homme le plus fort» diffusé sur Arte et dans des festivals internationaux tels que Hot Docs Toronto, dokumentART et le FIFIB. En parallèle, son travail d’art vidéo est montré au Centre Pompidou, à la Gaîté Lyrique, au MuCEM, au Printemps de Septembre, au Tripostal, au Festival Côté Court... Pour la fondation Lafayette Anticipations, elle réalise en 2016 « Mutant Stage 5 : Cavern », un film chorégraphique récompensé par le 1er prix du Festival International de Vidéo Danse de Braga (Portugal). Elle fait partie des jeunes cinéastes sélectionnés à la Berlinale Talents 2017. Avec le soutien d’Arte et du CNC, elle tourne actuellement « Le château », un documentaire de cape et d’épée à sortir en 2019.


                    

Anyssa Kapelusz est maître de conférences en études théâtrales à Aix-Marseille Université, membre du Laboratoire d’Etudes en Sciences des Arts (EA 3274). Auteure d’une thèse intitulée Usages du dispositif au théâtre : fabrique et expérience d’un art contemporain (2012), ses recherches actuelles portent sur les processus de création et les esthétiques du théâtre immédiatement contemporain, qu’elle aborde par l’étude de dispositifs intermédiaux et interartistiques et des mutations de pratiques spectatrices qu’ils induisent. Elle a récemment publié plusieurs articles consacrés à un ensemble de créations participatives et ludiques, comme celles de Roger Bernat, Rimini Protokoll, Mette Ingvartsen, Yan Duyvendak, etc.                

    

 

Daniel Lê vit et travaille à Paris. Il est enseignant en Arts plastiques à l’Université Picardie Jules Verne (Amiens, France). Membre fondateur du collectif Suspended spaces, il poursuit un travail artistique se saisissant aussi bien de la vidéo, du film, du dessin ou de l’installation. Il a ces dernières années orientant  sa recherche autour de la question du documentaire et du rôle de la voix avec notamment How I Shot Hitler et God Save the King, vidéos où se mêlent récits et documents personnels, souvenirs et chansons qui rencontrent le grand récit de l’Histoire.


 

Née en 1984, Camille Louis est à la fois artiste dramaturge, co-initiatrice du collectif international kom.post (composé de chercheurs, artistes et activistes) et docteure en philosophie, enseignant dans les Universités de Paris 7 et Paris 8. Ses recherches se situent au croisement de l’art et de la politique et elles s’incarnent dans des propositions dramaturgiques de types divers qui visent, toujours, à modifier les conditions de perception de ce que l’on nomme « action » (drama). Cette exigence circule dans ses nombreux articles et essais (voir notamment l’édition en ligne « la jungle et la ville » hébergée sur Mediapart), aux conférences performatives présentées dans de multiples universités ou centres d’arts internationaux, en passant par différents dispositifs artistiques montrés dans plusieurs festivals à travers le monde. Les travaux artistiques de Camille Louis ont notamment été montrés au festival d’Avignon, festival TanzImAugust de Berlin, Biennale de Moscou, festival MIR d’Athènes, Idance à Istanbul, Festival International de Buenos Aires et, pour l’année 2017, festival Experimenta Sur de Bogota. Depuis 2016 elle est dramaturge associée de la Maison du spectacle vivant, La Bellone à Bruxelles et, pour l’année 2018-2019 le devient aussi au théâtre Nanterre-Amandiers où elle développe, entre autres, un cycle de rencontres se situant au croisement des places politiques, des scènes théoriques et des plateaux artistiques. Elle vit et travaille entre Athènes, Bruxelles et Paris.

Guillaume Mazeau est Maître de conférences en histoire à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre associé de l’Institut d’Histoire du Temps Présent. Il s’intéresse à l’histoire de la Révolution française et aux questions d’épistémologie de l’histoire, en particulier aux différentes formes de transmission et aux usages du passé. Il est l’auteur du Bain de l’Histoire (2009) et prépare un livre d’essais intitulé La Révolution française. Une histoire au présent (2019). Il est également commissaire d'expositions et conseiller historique pour le théâtre et le cinéma.

Guillaume Pinçon est Maître de conférences en théâtre à l’Université de Picardie Jules Verne. Ses recherches portent notamment sur les rapports que peuvent entretenir le théâtre avec ses dehors et sur la scène contemporaine au Brésil. Parmi ses publications, on peut noter « Le théâtre en ses dehors : (re)/(dé)penser le territoire » dans la revue Théâtre/Public (n°216, avril-juin 2015). Il a récemment participé comme traducteur à l’édition de L’Espace du commun : le théâtre de Christiane Jatahy (Publie.net, collection thtr, 2017).

                    

Magali Quilico, comédienne et formatrice en improvisation théâtrale, La Boîte d'Impro

Avec 16 ans de pratique de l'improvisation, et la direction du Mouvement d'Improvisation AMiénois qu'elle a créé en 2010, Magali Quillico improvise et transmet sa passion de l'impro en cours et dans différentes formes de spectacles et d'interventions. Depuis 2015, avec La Boîte d'Impro elle intervient en milieu universitaire et professionnel, et auprès de tous publics dans un objectif de développement personnel.

 

Adeline RosensteinMetteure en scène, comédienne et auteure, Adeline Rosenstein(1971) est originaire de Genève et de nationalité allemande et a suivi une formation de clown, de comédienne et de mise en scène (Bat-HfS-Ernst Busch à Berlin) en 2002. Après de longs séjours à Buenos Aires et à Bruxelles, à l’occasion de la co-écriture avec le sociologue Jean-Michel Chaumont (UCL) d’une comédie (« Les Experts » 2006-2008), elle s’installe définitivement en Belgique où elle crée les 6 épisodes de la série «décris-ravage, projet documentaire sur la question de Palestine» 

Sa démarche qu’on peut qualifier d’écriture documentaire théâtrale la mène à se confronter à des questions de société et d’histoire. Ses nombreuses collaborations avec le milieu universitaire et associatif témoignent d’une réflexion approfondie concernant le type de savoirs mobilisés, construits et véhiculés par son travail. Elle inscrit son travail dans une démarche à la fois engagée et réflexive.

Depuis 2016 Adeline Rosenstein développe Laboratoire Poison.

Émilie Rousset est metteure en scène, au sein de la compagnie John Corporation elle explore différents modes d’écriture théâtrale et performative. Elle utilise l’archive et l’enquête documentaire pour créer des pièces, des installations, des films. Elle collecte des vocabulaires, des idées, observe des mouvements de pensée. Ensuite elle les déplace et invente des dispositifs ou des acteurs incarnent ces paroles. Une superposition se crée entre le réel et le fictionnel, entre la situation originale et sa copie. Après avoir étudié à l’école du TNS en section mise en scène, elle a été artiste associée à la Comédie de Reims. Elle a notamment signé Mars-Watchers pour le festival Reims Scènes d’Europe. Au Grand Palais, pour la Monumenta Kabakov, elle a créé Les Spécialistes un dispositif performatif qui se réécrit en fonction de son contexte d’accueil. La pièce a été reprise dans de nombreux théâtres, musées, et festivals. Elle coréalise une série de films courts avec Louise Hémon, Rituel 1 : L’Anniversaire, Rituel 2 : Le Vote, Rituel 3 : Le Baptême de mer. Ces films ont été projetés dans des festivals de cinéma et d’arts vivants, ainsi qu’au Centre Pompidou. Le prochain épisode, Rituel 4 : Le Grand débat, met sur scène le tournage d’un débat présidentiel. Sa nouvelle pièce, Rencontre avec Pierre Pica, retranscrit son dialogue avec un linguiste. Les deux projets sont créés au Festival d’Automne à Paris et au sein du programme New Settings de la Fondation d’entreprise Hermès.

                    

Julie Salgues suit sa formation pratique au CNSMD de Lyon. Elle poursuit ses études théoriques en Arts du Spectacle, à Paris 8 où elle obtient un master, puis avec Laurence Louppe, lors de sa formation en Culture Chorégraphique à Aubagne.

Comme interprète, elle suit tout particulièrement, le parcours de trois chorégraphes Dominique Brun, Nathalie Collantes et Myriam Gourfink.

Elle a co-écrit, avec Nathalie Collantes, un livre pour les enfants aux Editions Autrement, intitulé On danse ?

Accès

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Maison de la Culture d’Amiens / Pôle européen de création et de production

2 place Léon Gontier 80006 Amiens

A 1h15 de Paris Gare du Nord en TER (Départ 8h04 arrivée 9h20 à Amiens / Retour 20h38 arrivée 21h56).

 
 
 
 
 
 
 

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